Le Massif des Maures fût le berceau de la production de liège jusque dans les années 1970. Quasiment disparue durant la déprise agro-forestière, cette filière, maintenue par quelques entreprises artisanales et associations locales, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt auprès des industriels du vin et du monde du bâtiment.
En 2023, le Syndicat Mixte du Massif des Maures souhaite être le moteur d’un plan de relance de la filière liège aux côtés de l’ensemble des acteurs locaux de la filière.
En effet, les atouts du maintien de cette filière ne manquent pas. En dehors des débouchés purement économiques, l’entretien des suberaies permet notamment de :
Lutter plus efficacement contre les incendies et participer au gommage paysager :
- Doté d’une faible combustibilité de son écorce, il ralentit l’avancée des flammes (contrairement aux pins : ces résineux décuplent la vitesse du feu) ;
- L’entretien de la suberaie par l’homme permet également une diminution du combustible au sol contribuant au ralentissement du feu ;
- Protégé par l’épaisseur de son écorce, il survit au feu et reverdit bien souvent, dès le printemps suivant. Ainsi, le chêne-liège participe naturellement au gommage paysager après un incendie.
Favoriser la biodiversité :
- D’un point de vue écologique, le traitement en futaie jardinée de la suberaie est très intéressant. En effet, ce type de gestion sylvicole favorise la cohabitation d’arbres de tailles et d’âges variés induisant ainsi un habitat favorable à une grande diversité de plantes méditerranéennes. L’abandon de la suberaie aboutirait à la fermeture du peuplement et à la disparition de ce cortège floristique remarquable, classé comme habitat prioritaire selon la classification Natura 2000.
- Par ailleurs, les gros et vieux chênes-lièges sont des réservoirs de biodiversité essentiels à la présence des espèces animales forestières (liées au bois, aux cavités, aux feuillages) telles que les chauves-souris, les oiseaux, les scarabées… La semi-ouverture de ce milieu rendue possible par l’exploitation de l’homme favorise également la présence de la Tortue d’Hermann, espèce emblématique des Maures.
Maintenir notre culture et savoir faire local :
- Le chêne-liège n’est présent que sur le pourtour méditérranéen. La levée de liège est une pratique spécifique et les outils utilisés varient entre les pays et les régions d’un même pays. Ce savoir-faire, autrefois transmis et entretenu par les populations locales, tend à disparaître depuis les années 2000.
- La couasse en liège, utilisée pour les bouillabaisses et autres usages, était l’exemple de la valorisation locale des levées de liège, le bouchon restant le moteur économique de la filière.
Un premier plan a été élaboré par le Syndicat Mixte autour de cinq principaux axes :
- Axe 1 : Mise en place d’une gouvernance opérationnelle : la relance de la filière liège ne peut réussir que si elle est issue d’une démarche collective et participative de l’ensemble des acteurs sur toute la chaîne de valeur.
- Axe 2 : Connaissance et maîtrise de la ressource : une connaissance précise de l’état et du potentiel de production de la ressource est indispensable pour évaluer le potentiel de la filière. Une fois ce potentiel identifié, seule une animation foncière permettra de le mobiliser. Le projet a démarré par le biais d’un financement FEADER sur 2023-2024, « Mobilisation de ressources forestières à haute valeur ajoutée sur le Massif des Maures » .
- Axe 3 : Réalisation d’une étude de marchés avec l’objectif de mettre en lumière les possibilités de commercialisation au niveau local, national et international. La relance de la filière liège ne sera effective que si elle est lucrative et rentable pour l’ensemble des acteurs : propriétaires fonciers, employés (leveurs), artisans locaux, transporteurs, transformateurs, etc…
- Axe 4 : Planification des travaux à réaliser et mise en place d’une feuille de route. Sur la base des actions réalisées en termes de plantations, régénérations, formations, communications grand public/professionnels, sensibilisation des propriétaires fonciers, etc… Il s’agit d’en mesurer l’impact et de rédiger une nouvelle feuille de route d’actions prioritaires à mettre en place pour relancer la filière et d’y mettre les moyens humains et financiers mobilisables à court, moyen et long terme.
- Axe 5 : Facilitation de l’exploitation par des actions de recherche & développement, en soutenant des actions pilotes testées sur le territoire, en constituant un cahier des charges pour la mise en place de financement et de recherche de financement.
En 2023, un premier comité de pilotage s’est tenu en avril 2023 pour présenter les axes de développement décrits ci-dessus, suivi de trois comités techniques qui ont permis de faire émerger collectivement les principaux atouts et les principaux freins de cette filière à l’échelle du territoire.
En 2024, la suite du plan de relance s’est principalement orientée sur l’axe 1, à savoir mettre en place une gouvernance opérationnelle issue d’une démarche collective et participative de l’ensemble des acteurs.
Les actions menées sont les suivantes :
- Conventionnement avec l’ASL Suberaie Varoise pour réaliser un état de l’art de la filière ;
- Conventionnement avec la COFOR 83 pour établir des entretiens semi-directifs avec chaque acteur économique, institutionnels ou autre de la filière locale ;
- Mise en place d’ateliers de concertation pour identifier des solutions applicables à notre territoire, sur les principaux freins mis en évidence :
- Formation des leveurs ;
- Certification des levées de liège ;
- Bilan économique amont (jusqu’à la vente de liège) ;
- Bilan économique aval ;
- Etat de la ressources et identification des peuplements d’avenir ;
- Communication autour du plan de relance et acculturation forestière des citoyens (notamment autour du liège).
L’ensemble de ce travail doit permettre de venir amender le plan de relance originel, pour prendre en compte les résultats de ces concertations avec les partenaires techniques et industriels. Par la suite, le plan de relance s’attachera en 2025 à renforcer l’axe 3 et mettre en place certaines actions jugées prioritaires, comme la formation des leveurs de liège et l’engagement des communes dans cette démarche territoriale.